Les chemins se croisent, se décroisent. On aime comme on peut; on donne tant qu'il est temps; on reçoit, parce qu'on en a aussi besoin... Et puis, les années passant, on oublie pourquoi on avait tant donné et à quel point on avait pu recevoir... Les nouvelles rencontres remplacent les anciens fantômes, les nouvelles amours achèvent les vieilles passions, les nouvelles promesses pardonnent les paroles d'antan.

Mais au fond de nous, au plus profond de notre coeur, et quand souffle en nous un petit vent de nostalgie, nous réalisons à quel point ces compagnons d'autrefois contribuent à notre bonheur actuel et participeront à notre voyage à venir...
Et si, alors... Et si... Et si nous essayons simplement de ne pas oublier...


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vendredi 12 mars 2010

Et si je t'appelais...



Armand ne se souvenait plus très bien. Ce paysage lui était familier. Était-il déjà passé par là ou l'avait-il simplement rêvé ?
D'un pas décidé, il arpentait les lieux, à la recherche du moindre indice susceptible de répondre à sa question.
C'est alors qu'il croisa un bien étrange personnage.
Un frêle petit bonhomme à la peau extraordinairement diaphane était assis sur une vieille branche abandonnée. Ses bras étaient recroquevillés sur son corps rabougri et inlassablement, il se balançait comme s'il s'appliquait à reproduire les mouvements monotones des vagues qui allaient et venaient sur le sable humide.
- Bonjour. Dit timidement Armand.
Les yeux de l'inconnu restaient fermés. Puis d'un air impassible, il se tourna vers lui.
- Bonjour. Répéta Armand avec plus de conviction.
Cette fois-ci, l'inconnu ouvrit ses yeux. Des yeux couleur opale subtilement teintés d'un fond de mélancolie bleu délavé. Et d'une voix douce et détachée, il lui demanda : - Quel jour sommes nous ?

- Vendredi.
- Comme le vent qui redit...
- Comment t'appelles-tu ?
- Je ne m'appelle pas. J'appelle le vent et parfois, le vent m'appelle...
- Comment vas-tu ?
- Très lentement. A pied souvent. parce que j'ai le temps. Sauf quand le vent m'appelle...
- D'où viens-tu ?
- J'y viens, j'y viens... Je viens de l' à venir... de là où le vent m'appelle...
- Tu vis ici ?
- Je vis. Ici ou là-bas, c'est du pareil au même. Je vis... c'est tout. Et c'est déjà.
Tu entends ce vent qui me rappelle... ?
- Et si je t'appelais Alban... Entends-tu encore ce vent qui t'interpelle... ?

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